“Aux sources d’une Afrique solidaire”
Il y a de cela quarante ans, lorsque le regretté Mohamed Seddik Benyahia, paix à son âme, disait en ouvrant le symposium panafricain de juillet 1969 : “Une Afrique ne serait pas elle-même, serait une désincarnée vouée au sort précaire et dérisoire des destins irresponsables... Les réalités africaines, comme toutes les réalités humaines sont complexes, et le colonialisme s’ingénia à nous reléguer en marge de l’histoire en s’attaquant à nos valeurs les plus profondes, en entreprenant la plus criminelle tentative de dépersonnalisation que l’humanité n’eut jamais connue. Il n’y parvint pas, il n’y parvint jamais et la preuve péremptoire est donnée par notre rencontre d’aujourd’hui.”
De l’époque du bipolarisme à la mondialisation, beaucoup de choses ont changé. Ce n’est donc pas par hasard que l’un des acteurs qui a façonné l’œuvre grandiose du panafricanisme culturel, le Président Abdelaziz Bouteflika, compagnon fidèle de Houari Boumediène, ait pris la décision de renouer avec l’africanité culturelle, dont il se sent toujours en filiation depuis la guerre de Libération nationale en se donnant le nom révolutionnaire d’ “Abdelkader El Mali”.
Alors que le continent africain connaît de profondes mutations, l’histoire continue d’avancer avec les indépendances africaines dans la diversité et l’harmonie de ses cultures ancestrales. L’Africain a sa manière de prier au-delà des confessions, des races et de couleurs. Il a sa manière de chanter, de danser, d’aimer. Sa culture est restée vivante dans les légendes, les croyances, les mythes. En un mot, cette civilisation africaine a mis au monde des femmes et des hommes depuis Lucy, l’ancêtre de l’humanité, qui ont leur manière de penser, de sentir, d’agir dans un style qui est l’expression de l’âme africaine. C’est donc cette redécouverte des cultures africaines vivantes inspirées de ce fonds commun, plusieurs fois millénaire, que le 2e Panaf d’Alger veut rééditer sur cette terre africaine, pour insuffler à ce patrimoine une sève nouvelle pour le “sauver de lui-même et lui épargner l’outrance de l’usure et les défaillances de la mémoire”.
En abritant pour la 2e fois le Panafricain culturel, l’Algérie montre à la face du monde son lien indéfectible à l’Afrique éternelle. 48 pays d’Afrique participent à cette grande manifestation d’Alger. La personnalité africaine serait forte dans son unité et sa diversité culturelle. Sans renier ses racines, l’Afrique est aux portes d’une mutation de par l’évolution des peuples à reconstruire leurs sociétés sur la base de la dignité, de la démocratie et la modernité. C’est cette identité africaine qui émarge sur le registre des civilisations universelles. Ce grand rendez-vous d’Alger est l’expression d’un espoir renouvelé et d’une ambition mesurée dans une culture aux confluences des apports des peuples. Le patrimoine immatériel est l’illustration d’une Afrique ouverte au monde. La culture africaine se ressource dans son berceau combien de fois millénaire, qui regorge d’esthétique et d’images où poésie, musique, rime, reproduisent une belle œuvre d’art. L’Afrique de 1969 n’est pas celle de 2009. C’est l’Afrique qui se transforme, qui se crée un espace pour rattraper le retard. Même si subsistent encore des guerres, des famines, des foyers de tensions, les flux migratoires, les pandémies, l’Afrique continue de résister comme elle l’a fait jadis pour sa décolonisation. L’Afrique de 2009 est celle qui aspire à une émancipation où la jeunesse croit à l’héritage de ses aînés dans leur combat de libération nationale.
Alger au carrefour des cultures africaines donne le ton d’une grande fête aux couleurs d’une Afrique au cœur des civilisations millénaires.
Au moment où l’Algérie célèbre le 47e anniversaire de son indépendance, le 2e Panaf 2009 renoue avec Alger, Mecque des opprimés. Dans son évocation à l’universalité, l’Afrique montre ses capacités de création des arts par son génie propre où rythmes, mélodies, choix des couleurs, donnent la plénitude d’une Afrique en paix où le chant embelli recèle les espérances d’une renaissance africaine. C’est dans la joie et l’allégresse que l’Algérie, fidèle à ses traditions d’hospitalité, reçoit les dignes représentants des peuples d’une Afrique en symbiose. Une Afrique qui s’applique à respecter le serment des martyrs africains morts pour que l’Afrique se libère du colonialisme et retrouve le destin d’un avenir plus prometteur, serein d’une Afrique unie et réconciliée.
B. H.
Par le Dr Boudjemaâ Haïchour
chercheur-universitaire
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