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Le Panaf d’Alger honorera la mémoire d'Ousmane Sembene

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Les œuvres de celui qui donna au cinéma africain ses  lettres de noblesse, en l’occurrence l'écrivain et cinéaste sénégalais Ousmane  Sembene, seront revisitées lors du festival culturel panafricain, prévu à Alger  du 5 au 20 juillet, une occasion renouvelée de rendre un vibrant hommage à sa  mémoire.      
"Rendre hommage à Sembene et honorer sa mémoire est une idée formidable",  a admis, dans un entretien à l’APS, M. Samba Gadjigo, universitaire sénégalais,  spécialiste des œuvres du père du cinéma africain.      
Décédé le 9 juin 2007 à l’âge de 84 ans, Ousmane Sembene avait "une relation  privilégiée avec l’Algérie", se rappelle le professeur Gadjigo, qui est l'auteur  de plusieurs recherches et publications sur l’écrivain, grâce à qui le continent  noir "a pris (à) place dans l'histoire du cinéma mondial", comme l’avait dit  le spécialiste du septième art Georges Sadoul.       
Sembene n'a pas cessé d'être un sympathisant de la lutte des Algériens  pour la dignité et l’indépendance conduite par le Front de libération nationale.  Il a écrit une nouvelle en 1962 dans laquelle il célébrait son amitié pour les  dockers algériens, victimes du colonialisme. Ses meilleurs amis étaient en outre  les cinéastes et les critiques algériens, a souligné le professeur Gadjigo  qui enseigne actuellement au Mount Holyoke college aux Etats-Unis.         
L’auteur de Ousmane Sembene, dialogue avec les artistes et les critiques, Ousmane Sembene, une conscience africaine et Ousmane Sembene, la formation  d’un artiste militant», s’exprimait avec émotion en mettant en évidence le fait  que l’Algérie "était très importante dans la vie de Sembene notamment dans le  contexte de la réalisation de son film en 1987 Le camp de Thiaroye.        
Rencontré à Dakar, où il a séjourné à la tête d’une équipe lancée dans  la réalisation d’un documentaire conçu pour "honorer et perpétuer la mémoire  de Ousmane Sembene", le professeur Gadjigo a expliqué que le film  Le camp de  Thiaroye du nom d’une localité sénégalaise parle de la "sanglante répression"  subie par des soldats sénégalais, en 1944, après avoir servi dans l'armée française.         
"Ce film qui fait revivre les massacres des soldats africains rentrés  chez eux après la victoire des alliés était également un écho des massacres  perpétrés le 8 Mai 1945 dans les villes algériennes de Sétif, Guelma et Kherrata,  un des facteurs ayant conduit au déclenchement de la guerre de libération en  Algérie", explique M. Gadjigo.         
Selon d’autres témoignages recueillis dans la capitale sénégalaise,  auprès des spécialistes du septième art, perpétuer les œuvres de cet écrivain-cinéaste  qui a pourtant quitté l’école avant de terminer son certificat d’étude, n’est  qu’une reconnaissance méritée envers celui qui a forcé le destin, cinquante  ans durant, et qui a appris aux autres que la vie n’est pas une fatalité et  que chaque individu porte en soi les ressources pour s’élever au-delà de sa  condition présente".                
Rebelle et récalcitrant, Ousmane Sembene a, de son vivant, refusé  d’adhérer à tout parti politique, relève M. Gadjigo, insistant sur le mérite  du défunt cinéaste d’avoir forcé  le destin".          
"Je ne milite dans aucun parti politique, je milite à travers mon art",  disait-il durant toute sa carrière couronnée, malgré le difficile contexte africain,  par près de douze films dont neuf longs métrages, sans compter les scénarios  non portés à l’écran.          
"Rien ne préparait Ousmane Sembene à devenir l’écrivain et le cinéaste  que nous connaissons aujourd’hui. Et cela illustre bien l’idée que c’était l’homme  qui a forcé le destin. Parce que Sembene pensait toujours qu’il était possible,  à tout moment, de changer le monde. Mais il fallait se changer soi-même avant  de pouvoir changer le monde", ajoute l’universitaire.         
Il rappellera ensuite les petits boulots de maçonnerie, mécanique et  de récupération d’objets divers, que le fils de la Casamance exerçait à Dakar  après avoir quitté en 1939 le sud du Sénégal.        
“Nous ne sommes pas là pour pleurer Sembene, mais pour célébrer sa vie.  Les artistes ne meurent jamais. Etre artiste c’est échanger son corps périssable  contre l’éternité. Le défi que Sembene nous lance au deuxième anniversaire de  sa mort, c’est de continuer son travail", a par ailleurs résumé le professeur  Gadjigo, à une question sur le projet de documentaire en réalisation et intitulé  simplement "Sembene".         
"Nous sommes en train de perdre nos valeurs et notre âme sur le plan  culturel en raison des images venues d’ailleurs (...) mais en retraçant la vie  d'Ousmane Sembene, nous mettons en relief l’exemple d’un homme qui non seulement  nous a convaincus de la nécessité de créer des images pour nous-mêmes, mais  aussi l’exemple d’un homme convaincu que tout peuple qui ne crée pas et ne maîtrise  pas ses images est appelé a disparaître", disserte encore Gadjigo.         
Et de poursuivre: "Sembene est le premier artiste africain à faire d’une  image une valeur et toute son œuvre est une forme de résistance culturelle.  Toute sa vie, Sembene aura essayé, avec sa plume et sa caméra, de créer des  contre-images, des images qui galvanisent, des images qui réhabilitent l’Afrique".         
Enfin, parler de Sembene ne va pas sans évoquer le projet sur lequel  est en train de travailler Alain Sembene, le fils aîné du défunt, qui envisage  de transformer la maison du cinéaste à Yoff, dans la banlieue de Dakar, en musée,  "un espace destiné à mettre en valeur le cinéma africain", dit-il.

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