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Après une "si longue absence", le Panaf revient...

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Après une "si longue... absence", pour paraphraser Mariama Ba, auteur de Une si longue lettre, un pamphlet de référence contre la polygamie au Sénégal, le Festival culturel panafricain (Panaf) revient à Alger dans une nouvelle édition placée sous le thème de la "Renaissance africaine".Le festival, qu'organise l'Algérie pour la seconde fois après celui de 1969, à la demande de l'Union africaine, pourra constituer, en effet, une importante plateforme pour un nouveau départ dans la promotion de la culture africaine, toujours présente et percutante dans ses diverses formes, mais à laquelle font encore défaut les instruments et les voies et les moyens de son émancipation.  En se présentant comme une vitrine du folklore et du patrimoine culturel matériel et immatériel de l'Afrique, et en rassemblant la plupart des artistes talentueux du continent, le festival pourra ainsi contribuer à la préservation et à l'ancrage universel de la culture africaine, qui a longtemps souffert et souffre encore de ses traditions orales, qui font que des pans entiers de cette culture sont menacés de disparition à chaque fois que disparaît un de ses symboles, un de ses promoteurs, un de ses défenseurs ou un des griots qui la transmettent de génération en génération.
L'écrivain et ethnologue malien Amadou Hampaté Bâ déclarait, à ce propos, dans une tribune de l'UNESCO, qu'"En Afrique, chaque vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".
L'auteur de L'étrange destin de Wangarin avait ainsi cerné l'épineux problème de cette culture. Lui-même, qui avait consacré une bonne partie de sa vie à faire sortir cette culture de l'oralité et de son caractère "éphémère, s'éteignit le 15 mai 1991.
Beaucoup d'autres "baobabs", qui ont porté haut l'étendard de cette culture dans plusieurs domaines, sont également disparus sans que l'Afrique n'ait profité pleinement de leurs immenses talents et de leur profond savoir.  Ainsi en l'espace de 40 ans, le temps qu'a mis l'Afrique pour décider d'organiser son deuxième festival panafricain de la culture, nombre d'illustres historiens, musiciens, chanteurs, cinéastes et autres hommes politiques africains ne sont plus de ce monde pour apporter leurs pierres à l'édifice de cette "renaissance africaine".
Ainsi on n'entendra pas les palabres, sous le fromager d'Alger, du Burkinabé Joseph Ki-Zerbo, premier Africain agrégé histoire, disparu en 2007. On appréciera certainement la musique psychédélique du fabuleux chanteur malien Ali Farka Touré (deux fois primé par le Grammy Award), qui a su admirablement ouvrir les airs du terroir à l'universalité grâce à un mariage judicieux d'instruments traditionnels (kora, jembé notamment) avec des instruments modernes (guitare électrique), mais on n'entendra pas sur la scène son rire tonitruant, car lui aussi s'est éteint en 2006.
On regrettera certainement aussi l'absence du réalisateur et écrivain sénégalais Sembène Ousmane, décédé en juillet 2007, du réalisateur égyptien Youcef Chahine, et tant d'autres cinéastes et écrivains africains qui ont donné leurs lettres de noblesse au cinéma et à la littérature africains.
Qui mieux que l'Homme à la pipe pourrait en effet dénoncer l'excision comme il l'a fait dans Mooladé ou la barbarie du colonialisme qu'il a fustigé dans Le camp de Thiaroye, ou Chahine pour décrypter la société égyptienne comme il l'a fait dans Gare centrale et Le retour de l'enfant prodige.
La diva de la chanson africaine, Miriam Makeba, terrassée par une crise cardiaque en 2009, ne sera pas là non plus pour nous transporter, par quelques pas de danse, vers la légendaire épopée des guerriers zoulous du temps où ils étaient menés au combat par le chef Chaka.
Ces exemples pris, parmi tant d'autres artistes, écrivains et hommes politiques disparus entre les deux festivals, non moins méritants à être cités au panthéon de la culture africaine, illustrent on ne peut mieux cette perte et ce qu'aurait apporter leur présence au festival. Cela même si la nouvelle génération d'artistes qui vont s'y présenter possèdent également tous les talents et les atouts nécessaires pour en faire une réussite et lui donner toute la dimension voulue par les dirigeants africains.
L'Afrique, en organisant, cette année, le 2e Panaf à Alger, et la 3e édition du Festival mondial des arts nègres (Fesman) à Dakar, après le second tenu en 1977 à Lagos, et en multipliant ce genre de rencontres, est assurément consciente de cette nécessité de profiter de la contribution de chaque Africain au développement de sa culture.
M. Djibril Diallo, directeur du Bureau de New York pour le sport au service du développement et de la paix des Nations unies, a estimé à cet égard en 2006 dans la capitale sénégalaise que l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants africains, qui sont parvenus à s'approprier "de manière beaucoup plus claire et beaucoup plus forte" l'avenir du continent africain par la création notamment du NEPAD auquel ils ont lié la culture, démontre indéniablement qu'il ne peut y avoir de développement sans culture.

 

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