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Panaf 2009 : trois grands colloques scientifiques

Pas moins de trois grands colloques scientifiques vont être organisés à Alger, à l’occasion de la tenue, dans notre pays, du 2e Festival culturel panafricain, a annoncé hier, dans une conférence de presse, M. Slimane Hachi, le directeur général du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), qui a ajouté qu’il « s’agit d’un symbole fort parce que la culture est une totalité, elle exprime tout, le théâtre, le cinéma, les arts mais aussi la science. »
Le premier colloque, qui aura lieu à la veille de l’ouverture officielle du Panaf (du 1er au 4 juillet) au complexe Laâdi Flici (Théâtre de Verdure), est consacré à l’anthropologie africaine, une thématique à propos de laquelle, une soixantaine de chercheurs de 24 pays, essentiellement africains, vont non seulement tenter de dresser une sorte de bilan, mais aussi et surtout élargir les perspectives en examinant les possibilités de coopération entre anthropologues.  Au  cours de ce colloque, dont le Comité scientifique est animé, entre autres, par les professeurs Youcef Nacib et Abdelhamid Bourayou, un hommage sera rendu à quatre personnalités fortes qui ont marqué de leurs empreintes, la recherche dans le domaine, quant au passage, voire la rupture, et pas seulement épistémologique, entre une ethnologie évolutionniste et instrumentalisée et une anthropologie comparée qui a vocation à s’opposer à la tendance à l’uniformisation culturelle qu’implique la mondialisation en montrant la diversité et la richesse des cultures et des langues africaines, à savoir Jomo Kenyatta (1893-1978), Amadou Hampaté Ba (1900-1991), Mouloud Mammeri (1917-1989) et Cheikh Anta Diop (1923-1986). L’argumentaire du colloque situe bien d’ailleurs cette évolution, voire cette révolution. Il est noté que « le concept d’anthropologie a été substitué au terme ethnologie à la suite du procès intenté à la seconde par les chercheurs pendant et après les décolonisations. C’est que l’ethnographie s’est construite sur le présupposé européocentrique qui considérait les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques comme non seulement différents des Européens, mais inférieurs en ce sens que le Blanc, héritier des patrimoines gréco-latin et judéo-chrétien, détenait la civilisation, tandis que les groupes humains « exotiques » possédaient des cultures rudimentaires. L’étude des populations des quatre continents était le monopole des savants, chroniqueurs, officiers et autres esprits curieux du Vieux continent. L’ethnographie triomphante de la seconde moitié du XlXe siècle posait même comme axiome de sa réflexion que les peuples « primitifs » n’avaient pas évolué et par conséquent étaient a-historiques. Ce qui permettait, en les observant, de photographier, croyait-on, l’état premier de l’humanité.  A cet égard, le continent africain a été un terrain d’expérimentation de prédilection pour l’ethnologie, puisque la géographie offrait à la recherche européenne une proximité spatiale inespérée et la richesse des cultures africaines ouvrait l’abondance et la variété d’ethnies et de cultures accessibles. Il faudra attendre la montée des nationalismes dans ce qui sera appelé « le tiers-monde » pour voir s’achever l’ère coloniale et émerger des élites intellectuelles susceptibles d’engager une réflexion sur leurs propres cultures prolongeant ainsi des savoirs accumulés au sein des populations africaines. »

 Pionniers, précurseurs et novateurs
 Au désir de se réapproprier et de désenclaver sa culture qui dispose de ses traits propres, nettement proclamé par des chercheurs autour de Senghor et Césaire dont l’attention a été focalisée sur le concept de négritude s’est ajouté le refus catégorique d’être traité uniquement comme objet d’étude et non comme acteur intellectuel réfléchissant sur sa propre culture exprimé avec force par Jomo Kenyatta, Cheikh Anta Diop, Hampaté Ba et Mouloud Mammeri qui ont marqué l’essor de l’anthropologie africaine en sondant les profondeurs de la culture du continent pour en retrouver les racines dans l’Egypte pharaonique et dans la préhistoire. Ainsi, en contribuant à disqualifier la théorie ethnocentrique de la suprématie culturelle puisqu’on découvre que les expressions culturelles multiples de l’Afrique sont plus anciennes que le paradigme «civilisationnel » exporté par l’Europe, ces chercheurs sont considérés, à juste titre, comme des pionniers, des précurseurs et des novateurs. Les rédacteurs de l’argumentaire concluent : « A l’échelle du continent, le challenge à relever était pour nous de mettre en exergue des faits saillants mis au point par l’anthropologie africaine sur les cultures africaines. A charge pour les futures éditions de cibler des questionnements plus ramassés et de rassembler davantage de compétences africaines dans le domaine. Cette première édition veut fonder une approche continentale dont l’exercice continu et l’acuité s’affirmeraient au fil des rencontres à venir. »
Le second colloque international programmé pour les 7 et 8 juillet, à la Bibliothèque nationale, est consacré à la pensée et l’œuvre de Frantz Fanon (1925-1961), une autre personnalité forte, sans doute l’un des plus grands penseurs de la lutte anticolonialiste, pleinement engagé dans la guerre de Libération et reposant en terre algérienne. Cet hommage sera suivi d’une troisième rencontre qui se tiendra à la BN du 13 au 16 juillet et portant sur la colonisation et les luttes de Libération en Afrique. Une cinquantaine de chercheurs examineront la longue et douloureuse séquence de l’histoire contemporaine du continent, depuis la conférence de partage territorial de Berlin en 1885 jusqu’à la genèse des Etats modernes en passant par les mouvements de libération. 
Saisissant cette occasion, M. Hachi a rappelé que le squelette de Lucy datant de 3,4 millions d’années, trouvé en Ethiopie, au nord d’Addis-Abeba, par une équipe d’anthropologues internationaux, sera exposé en Algérie lors du Panaf.
A l’évidence ces manifestations à caractère scientifique apportent un éclairage sur nos cultures, interrogent et interpellent l’identité de chacune de nos nations, voire le « dépassement des identités nationales post-coloniales », et, ce faisant, permettent aux peuples du continent, de mieux apprécier leur passé et de contribuer plus fortement à la construction de leur avenir. 
C. J.

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