François Fillon à l’Ecole supérieure algérienne des affaires : «Nos deux pays ont scellé un vrai brevet de confiance à long terme»
«Une relation dense, nouée dans des domaines stratégiques et bénéficiant à nos deux pays. Voilà ce que nous recherchons pour l’Algérie », c’est ce qu’a indiqué en substance, hier, le Premier ministre français, M. François Fillon, dans un discours prononcé devant les étudiants de l'Ecole supérieure algérienne des affaires à Alger.
Très à l’aise et apparemment satisfait de sa visite, l’hôte de l’Algérie s’est longuement attardé sur l’état des relations actuelles entre les deux pays, leurs perspectives, mais également leur passé commun, signalant d’emblée, "Aujourd'hui même, l'énergie et la défense ont fait entre nous l'objet d'accords sans précédent", a-t-il relevé, ajoutant qu'"en signant ces deux textes, nos deux pays ont scellé un vrai brevet de confiance à long terme."
De ce fait, comme il l’a précisé, "chaque occasion doit être saisie" pour bâtir un partenariat "solide" entre l'Algérie et la France.
Un partenariat qui ne faillit pas, selon lui, et notamment dans le domaine de la coopération sécuritaire « depuis plusieurs années déjà, nous avons engagé une politique exemplaire en matière de lutte contre le terrorisme », a-t-il dit, signalant que les choses ne se sont pas arrêtées là : « après la visite de Michèle Alliot-Marie, à Alger, le mois dernier, nous avons décidé de la prolonger par des actions complémentaires ».
Allant plus loin, M. Fillon évoquera le récent passé colonial de l’Algérie en affirmant, « un des privilèges de la relation franco-algérienne, c’est que l’œuvre de paix n’est pas un vain mot pour nous », ajoutant qu’il faut savoir dépasser le ressentiment, et que, « 46 ans après l’indépendance, nous ne prétendons pas oublier notre passé commun, mais nous refusons de le porter comme fardeau. Nous savons qu’une parole apaisée, laissera la parole à l’avenir. »
Et c’est dans cet ordre d’idées qu’en l’espace de quelques mois, plusieurs étapes importantes ont été franchies dans cette direction, à Constantine d’abord, puis à Paris le 5 décembre dernier, selon M. Fillon, qui a expliqué que le Président Sarkozy, « a condamné comme aucun dirigeant français ne l’avait fait avant lui, la nature injuste du système colonial. » Une condamnation suivie par plusieurs actions concrètes, notamment la remise d’archives importantes de l’Algérie par la France, a rappelé le Premier ministre français, de même que la mesure prise d’amender une nouvelle loi prochainement, sur une réduction générale du délai de communicabilité des documents, « l’objectif, c’est d’encourager les historiens des deux pays à travailler ensemble, sur des bases documentaires ouvertes, afin d’aboutir autant que possible, à une reconnaissance dépassionnée des faits », a-t-il indiqué.
Evoquant le projet de l’union pour la Méditerranée, qui sera lancé le 13 juillet prochain à Paris, par les chefs d’Etat de tout le pourtour de la Méditerranée et par l’Union européenne, François Fillon a précisé sans ambages que « l’Algérie est un pays clé de cette zone géographique, des relations qui s’y tissent », affirmant dans ce contexte que c’est son intérêt et celui de tous les autres riverains, « en matière de protection civile, de lutte contre la pollution marine, de développement de l’énergie solaire, de soutien au PME.»
«Des perspectives de coopération d’une ampleur et d’une diversité inédites»
Justement, à propos de la question de la coopération et notamment d’ordre bilatéral, François Fillon dira que c’est en fait, la convention de partenariat paraphée lors de la dernière visite de Nicolas Sarkozy, en décembre en Algérie, « qui a ouvert des perspectives de coopération d’une ampleur et d’une diversité inédites. »
Des perspectives dont l’axe principal est basé sur la formation de cadres, d’où la signature, le matin même, dira le Premier ministre, d’un mémorandum de coopération financière, entre Christine Lagarde la ministre française de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi et Karim Djoudi, notre ministre des Finances. Un document qui prévoit un échange d’expertises entre les deux pays, dans le domaine des douanes, des ports ou pour la création d’une école du Trésor algérien.
Aussi, selon M. Fillon, dans le domaine universitaire, plusieurs filières d’excellence franco-algériennes, reçoivent depuis cette année des moyens supplémentaires (bio-technologies, droit des affaires, formation de médecins spécialistes...). Des moyens qui viennent en renfort, selon lui, « des moyens importants qui accompagnent déjà plusieurs grands programmes algériens, à savoir la réforme des universités, la réforme de onze écoles supérieures professionnelles, création d’une école supérieure de technologie... »
Concernant la coopération universitaire franco-algérienne, le Premier ministre n’a pas omis de signaler que celle-ci « est beaucoup plus qu’une déclaration d’intention », puisque 5.000 boursiers en bénéficient chaque année, de même que 600 projets de recherche conjoints en 20 ans, 200 conventions de coopération inter-universitaire en cours de réalisation, et un nombre croissant de visas de circulation accordés aux universitaires algériens. Pour ce qui est de la coopération économique, le Premier ministre indiquera le fait que les entreprises françaises sont sensibles aux atouts de l’Algérie, son potentiel, « l’an dernier, le stock de leurs investissements dans votre pays a atteint les 2 milliards d’euros », a-t-il dit avant de signaler que sur les 300 entreprises présentes, une cinquantaine se sont implantées au cours des derniers mois. Aussi, le programme de compagnonnage qui va être ouvert aux PME, « est une des pistes les plus stimulantes de notre partenariat industriel », a expliqué M. Fillon qui a signalé qu’à brève échéance, « une cinquantaine d’entreprises algériennes devraient être associées à des PME européenne, notamment françaises », l’enjeu étant, comme il l’a si bien spécifié, d’ouvrir au secteur privé algérien, des débouchés extérieurs, « pour l’aider à gagner en taille et l’inciter à créer des emplois nouveaux. »
Enfin, s'agissant des problèmes liés à l'immigration illégale et la circulation des personnes, il a fait remarquer que la France qui présidera l'Union européenne à partir du 1er juillet prochain, œuvrera à la mise en place d'une "immigration professionnelle organisée, profitable au Nord comme au Sud, et qui prenne en compte les besoins des pays d'origine. »
Pour rappel, M. Fillon devrait quitter aujourd’hui l’Algérie, après une visite de deux jours qui aura été sanctionnée par la signature de plusieurs accords de coopération, dont un, inédit, dans le domaine du nucléaire civil.
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