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Sakiet Sidi Youcef : Un martyre commun pour un épisode héroïque

image Ph. : Billal

De nombreux citoyens de la wilaya de Souk   Ahras et des régions frontalières de l’Est du pays se souviennent encore, aujourd’hui,  du martyre du village de Sakiet Sidi Youcef, près de la frontière algéro-tunisienne.         
La date du 8 février 1958 est commémorée chaque année pour perpétuer le souvenir d’un martyre commun. Un même sang versé par des Algériens et des Tunisiens face à l’armada coloniale française, pour sceller un pacte de solidarité face au même ennemi. Ce jour-là, des centaines de civils sans défense, tunisiens et algériens, se sont sacrifiés, contraignant les forces armées françaises à admettre que leurs crimes n’ont fait que resserrer les liens entre deux peuples frères.          
Le bilan du bombardement de Sakiet Sidi Youcef, paisible village de fellahs sur lequel se sont acharnés, en vertu du "droit de poursuite", 25 avions B-26, après un raid de l’armée de Libération nationale (ALN) qui avait surpris l’ennemi au cours d’un engagement à El Ouasta, non loin de Sakiet Sidi Youcef,  fait état de 100 tués algériens et tunisiens, dont 20 enfants, 11 femmes et 130 blessés, en plus de la destruction de nombreuses maisons et d’installations de la Croix-Rouge.          Le moudjahed Sadek Chabia, âgé aujourd’hui de 75 ans, se souvient que le 8 février 1958 était un samedi, jour de marché hebdomadaire. Cette journée rassemble ainsi, chaque semaine, de nombreux commerçants algériens et tunisiens. Ils furent repérés à huit heures du matin, par l’aviation, au Djebel Goufi Saâd, à l’Est, en territoire tunisien. Le même témoin rapporte qu’à 10 heures du matin, des avions B-26 ont   commencé à bombarder des bâtiments publics de Sakiet Sidi Youcef, poussant   des civiles algériens et tunisiens à fuir le nord-ouest où les attendaient les soldats  français au poste des gardes forestiers, tirant sans sommation.  Poursuivant son récit, le moudjahed Sadek Chabia décrit la sauvagerie avec laquelle l’aviation a mené l’attaque contre les populations civiles, de  façon aveugle, puisque l’école primaire de Sakiet Sidi Youcef a été le théâtre  du massacre d’innocents écoliers. Le souvenir de cet acte barbare est demeuré intact chez ce témoin. Il semble même très vivace malgré les 75 ans de Sadek Chebia. Il se rappelle ainsi  avec émotion sa "course éperdue vers le lieu du massacre, à la recherche de  proches qui pouvaient être parmi les victimes".           
Il se souvient notamment du Chahid Abdallah Ben Youcef, un tunisien  à qui il avait "acheté des nougats". Une friandise qu’il n’a jamais pu lui remettre  puisque Ben Youcef était tombé en martyr lors de ces massacres. L’image de son frère tunisien, gisant dans une mare de sang, est un souvenir qui lui arrache  encore des larmes. Comme à chaque fois qu’il le raconte. En retournant sur les lieux, à la recherche de proches, Sadek Chabia  se souvient également qu’il avait retrouvé Kheira el Khala, une tunisienne handicapée, étendue par terre, la tête séparée du corps, au milieu des cadavres d’enfants,  d’hommes jeunes et vieux, de femmes, pendant que les eaux des canalisations  crevées par les bombardements, inondaient les rues de Sakiet Sidi Youcef.          
Il se rappelle également de cet algérien, El Hadj Yahia Layachi, qui avait perdu 11 membres de sa famille, restés sous les décombres des maisons  détruites par l’aviation.         
En dépit de cet acte barbare perpétré au nom du "droit de poursuite"  pour défaire la solidarité agissante des peuples algérien et tunisien, l’ALN a continué à mener ses actions contre l’occupant et après Sakiet Sidi Youcef,  la quatrième République française allait tomber, le 13 mai 1958, commente le  même témoin.

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